
Ils sont les mieux pourvus en jours de congé et ne sont pas prêts à y renoncer. Avec 37 jours de vacances par an en moyenne, les Français battent sans mal leurs voisins européens, selon une étude réalisée par l'institut Harris Interactive(*).
Sans grande surprise, les pays du Sud semblent eux aussi profiter de longues vacances. D'après l'institut de sondage, les Italiens cumulent ainsi 33 jours chômés sans compter les week-ends et les jours fériés. C'est trois jours de plus que les Espagnols. Les Allemands ont, eux, 27 jours de vacances, tandis que les Britanniques ne déclarent que 26 jours par an. Tout en bas du classement, les Américains n'ont que 14 jours pour se reposer.
«Il faut dire que la France a une grande originalité : les RTT. Ce ne sont pas des vacances proprement dites, mais des jours de repos utilisés pour faire les courses, les démarches administratives ou pour emmener les enfants au football, analyse Jean Viard, sociologue et auteur de l'ouvrage Le Sacre du temps libre et le Nouvel Âge du politique (Éd. de l'Aube). Dans les autres pays européens, ce sont les femmes qui se chargent de ces tâches, parce qu'elles travaillent beaucoup plus souvent à temps partiel.»
Les salariés français, qui détiennent ce record européen pour la huitième année consécutive n'ont nullement l'intention de renoncer au temps libre qui leur reste : selon l'institut, 80 % d'entre eux n'abandonneront aucune journée à leur entreprise. En comparaison, 47 % des Italiens et 49 % des Hollandais accepteront de passer une partie de leurs jours de congé au travail.
«Côté RTT, près d'un tiers des salariés refuse, par choix, d'échanger ce repos contre un supplément de salaire, mais 37 % en sont empêchés par leur employeur», remarque Timothée de Roux, directeur du marketing de l'agence de voyages en ligne Expedia. «À la différence des États-Unis, la culture européenne s'est bâtie sur les vacances et les loisirs, analyse le sociologue Jean Viard. Mais nombreux sont aussi les Français qui ne partent du tout en vacances.»
Et peu voyagent hors des frontières. Seuls 17 % de leurs séjours ont lieu à l'étranger, alors que ce taux monte à 64 % chez les Allemands et 79 % chez les Belges. «Les Français, qui sont assez casaniers, alimentent les recettes du tourisme dans l'Hexagone, confirme-t-on à la direction du tourisme. Le temps libre des salariés n'est pas du temps perdu, c'est aussi une source de revenu.»
(*) Étude réalisée en ligne pour Expedia auprès d'un échantillon de 5 321 personnes interrogées en mars 2008 en France, Italie, Espagne, Pays-Bas, Autriche, Allemagne, Grande-Bretagne et aux États-Unis.
(**)Vitelloni veut dire "jean-foutres" ou "glandeurs" en italien
LE FIGARO. Les Français sont, parmi les Européens, les salariés les mieux pourvus en jours de congé. Quelle est votre réaction ?
Robert ROCHEFORT. Ce constat a toujours été vrai ; il l'est encore plus depuis l'instauration de la réduction du temps de travail (RTT). Je dirais que les salariés français le paient en pouvoir d'achat. D'ailleurs toute leur ambivalence est là : s'ils restent très attachés à leurs RTT, ils ne sont pas très contents de leurs feuilles de paie. Toutes nos enquêtes le disent : 80 % préféreraient aujourd'hui davantage d'argent que davantage de temps.(...)
Les Français recordmen des vacances ! Un sujet que ne sont pas prêts d'épuiser les directeurs des ressources humaines. Les résultats de l'étude menée par Harris Interactive (lire ci-dessus) ne les ont guère surpris, mais ils préfèrent commenter, anonymement, cette spécificité nationale. «C'est vrai qu'il y a toujours des absents, commente le DRH d'un groupe international dans le secteur de l'industrie, mais la présence de tous les salariés en même temps n'est pas indispensable. Cependant, cela devient vraiment difficile pour les rotations des postes complexes ou techniques qui demandent des compétences particulières. Et je ne parle pas seulement des cadres.»
Pour éviter de retrouver ateliers ou bureaux vides, beaucoup de managers font appel à la «conscience professionnelle» des employés. «Il faut qu'ils gardent en tête les impératifs du service», rappelle une DRH d'une grande marque étrangère implantée en France. «Qu'ils ne prennent pas leurs congés durant les périodes difficiles pour l'entreprise.» Pour éviter toute mésaventure, les dates choisies doivent cependant être approuvées par la direction. «Nous n'avons jamais refusé de demandes, c'est fait intelligemment», assure-t-elle.(...)
Pour la directrice du personnel d'un constructeur automobile, la méthode est plus directe. «Pour les mois d'été, nous exigeons de connaître les souhaits des salariés dès février.»
À côté des traditionnelles vacances, les RTT bouleversent elles aussi la vie des entreprises, le lundi et le vendredi deviennent aux beaux jours une prolongation du week-end. Les réunions sont regroupées au milieu de la semaine. En réalité, insiste un DRH, «la question des congés se gère. Le véritable problème, c'est le temps de travail ! Comparés à d'autres, nous sommes nettement en dessous». Il ajoute : «C'est dit gentiment, mais c'est dit, les Français ne travaillent pas beaucoup.»