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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 15:16

 

L'euro en péril

 

La Grèce est au bord de l'asphyxie financière.  Faute de soutien européen, le FMI est son seul recours. Mais peut-on imposer la  rigueur sans dévaluation monétaire ? La sortie de la Grèce de l'euro fait courir un grand danger à la monnaie unique.   Il n'a pas fallu trois semaines pour que l'accord européen sur le sauvetage de la Grèce montre sa véritable nature : une solidarité de papier.  Exprimés d'abord à mi voix, les doutes des marchés se font chaque jour grands. La confiance dans  la Grèce  s'évanouit à vue d'?il. Plus personne ne pense qu'Athènes sera en mesure de faire face à son plan de rigueur, et d'honorer en l'état ses dettes, personne non plus ne croit à une Europe solidaire, décidée à voler au secours de la Grèce.

Alors que le 29 mars, le gouvernement grec avait levé péniblement 6,25 milliards d'euros sur les marchés à un taux de 6 %, soit deux fois que celui des obligations allemandes. Depuis, la note de la dette grecque chute à une vitesse stupéfiante. Jeudi, les taux sur les obligations grecques ont atteint leur plus haut niveau depuis dix ans, à 7,31%, soit 400 points de base de plus que les taux allemands. Un niveau insoutenable sur le long terme.  Tous les efforts de rigueur du pays seraient totalement aspirés par le remboursement de ses emprunts. Le ministre des finances grec, Georges Papaconstantinou, l'a d'ailleurs reconnu mercredi : «  Les taux d'intérêt sont très élevés et l'on ne pourra pas continuer à ce niveau très longtemps. »

Le moment de vérité est très proche : la Grèce doit lever une vingtaine de milliards d'euros pour se refinancer d'ici à la fin mai. Les marchés risquent de lui refuser tout soutien.Quant à l'aide européenne, l'Allemagne a déjà donné le ton. Il n'est pas question, pour Angela Merkel,  de faire la moindre faveur à la Grèce : les taux des prêts seront proches de ceux du marché, autour de 6 à 6,5%. Cette déclaration vaut presque condamnation de la Grèce.

Pour de nombreux observateurs, le recours aux aides du Fonds monétaire international (FMI) va s'imposer plus vite que prévu. Des experts du FMI sont déjà à Athènes depuis deux jours, officiellement pour apporter une aide technique au gouvernement grec. Mais leur mission risque de très vite évoluer, si les tensions extrêmes sur les marchés se poursuivent.

En quelques jours, le FMI peut décider d'apporter des fonds à la Grèce à des taux extrêmement avantageux, autour de 3,25% , ce qui apporterait un réel soulagement aux finances publiques. La potion amère que le FMI exige en contrepartie est connue de longue date : rigueur budgétaire, augmentation fiscale, réduction des services publics et des aides. Mais ces plans drastiques ont toujours été accompagnés d'une dévaluation monétaire. Ce qui permettait d'en limiter le choc sur les populations, et redonner un sursaut de compétitivité à l'économie, facilitant ainsi les redressements futurs.

Si elle reste dans l'euro, la Grèce, aidée par le FMI, se verra privée de cette bouffée d'oxygène. Mais peut-on condamner un pays à une déflation sans fin ? On peut en douter.  Dès lors, la sortie de l'euro est paraît inévitable.

C'est la solution que prône l'Allemagne depuis le début de la crise grecque. Outrée par les mensonges des gouvernements grecs successifs, sur lesquels tout le monde a fermé les yeux pendant des années, la chancelière allemande préconise une exclusion temporaire des mauvais élèves.  Elle se montre d'autant plus ferme sur ce chapitre que la population allemande est majoritairement contre toute aide à Athènes. De plus, des élections régionales en Rhénanie-Westphalie s'annoncent mal pour son gouvernement et pourraient lui faire perdre la majorité au Bundesrat.

Ces petits calculs politiques coïncident mal avec l'exigence de la crise du moment. Car faire sortir la Grèce, c'est ouvrir la boîte de Pandore. Les marchés le savent, qui spéculent déjà sur l'implosion de la zone euro. Car, après la Grèce, il y a aura le Portugal, l'Espagne, l'Irlande, et pourquoi pas la France. Tous paient cher  et depuis des années la surévaluation de la monnaie européenne face au dollar, imposée par l'Allemagne, mais qui ne correspond pas à leur économie : le coût en a été une désindustrialisation massive. Si le prix de l'union monétaire s'élève encore, la tentation de partir risque de devenir irrésistible. C'en serait fini de l'euro et  peut-être même de l'Europe.    



Martine Orange - mediapart


Ancienne journaliste au journal Le Monde et ex-rédactrice en chef du quotidien économique La Tribune, Martine Orange est chroniqueuse économique de Mediapart.fr

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