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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 15:53
Quand David Pujadas tend le bâton à Marine Le Pen pour battre Jean-Luc Mélenchon

Modifié le 08-06-2012 à 16h45

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Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

Par Bruno Roger-Petit
Chroniqueur politique

LE PLUS. Dans le journal de 20 heures de France 2, jeudi, David Pujadas a fait tout ce qu'il ne faut pas faire face à Marine Le Pen, lui offrant l'occasion de taper sur Jean-Luc Mélenchon et ceux qui votent pour lui. Décryptage d'un ratage hallucinant, par notre chroniqueur politique Bruno Roger-Petit.

Édité par Sébastien Billard   Auteur parrainé par Benoît Raphaël

David Pujadas et Marine Le Pen, sur le plateau

 David Pujadas et Marine Le Pen, sur le plateau "Des paroles et des actes", le 24/02/2012. (CHAMUSSY/SIPA)

 

A quoi joue David Pujadas avec Marine Le Pen ?

 

En conscience, lui seul le sait, mais sa dernière interview de la présidente du FN dans le 20 heures de France 2, jeudi, ne peut pas ne pas être relevée et décryptée, dans la mesure où le présentateur du JT a objectivement tout fait pour tendre à Marine Le Pen le bâton qui devait servir à battre son adversaire direct à l'élection législative dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, Jean-Luc Mélenchon.

 

Revenons donc sur ce dialogue riche d'enseignements en ce qu'il montre ce qu'il ne faut pas faire avec Marine Le Pen et le FN. Un véritable cas d'école de journalisme.

 

 

Après les questions d'usage sur l'actualité du jour, les premières semaines de la présidence Hollande et le cadre général des élections législatives, jusque-là un grand classique, David Pujadas se met à interpeller Marine Le Pen sur sa situation particulière de candidate à Hénin-Beaumont, directement confrontée à Jean-Luc Mélenchon. Ce faisant, il procède en deux étapes.

 

Il commence par évoquer l'existence d'un tract anonyme, distribué à Hénin Beaumont et circulant bien évidemment sur internet, tract mettant en scène Jean-Luc Mélenchon sous les traits d'un Adolf Hitler s'apprêtant à éradiquer le FN, le tout avec l'entrée d'un camp d'extermination nazi en arrière plan.

 

Qui connait l'imaginaire d'une partie de l'extrême droite en général, et la propension de certains de ceux qui s'en revendiquent à user et abuser de l'histoire du XXe siècle dès lors qu'il s'agit de la période la plus insupportable de celle-ci, ne peut douter une seule seconde de l'origine idéologique du tract anonyme. La conclusion est patente.

 

Que ce tract existe, qu'il soit un élément d'information à mentionner, et qu'il convienne d'interroger Marine Le Pen à ce sujet : oui, c'est une évidence. Mais David Pujadas et France 2 ont-ils besoin de diffuser en plein journal de 20 heures l'image de ce tract, lui offrant ainsi une exposition nationale à heure de grande écoute, et donnant ainsi à une opération immonde un écho sans pareil ?

 

Par ailleurs, fine mouche, Marine Le Pen décline (comme il était prévisible) toute responsabilité directe dans cette affaire, se payant au passage le luxe de rappeler à David Pujadas que celui qui passe son temps à traiter les journalistes de "fasciste", c'est Jean-Luc Mélenchon lui-même.

 

Ajoutée à la diffusion du tract, cette dialectique redoutable de la présidente du FN est in fine accablante pour Pujadas et France 2 : non seulement ils ont diffusé un tract en forme de lettre anonyme dans le journal du service public, mais ils ont offert à Marine Le Pen l'occasion de se poser en avocate des journalistes injuriés par Mélenchon : coup double. 

 

Les mots du FN légitimés ?

 

On aurait pu en rester là, mais David Pujadas poursuit dans la même veine. Après le tract, voilà qu'est diffusée une séquence mettant en scène Marine Le Pen en campagne, interpellée dans la rue par des partisans apparents de Jean-Luc Mélenchon, et présentés par Marine Le Pen elle-même comme des "Français d'origine maghrébine".

 

Après la diffusion de la séquence, David Pujadas questionne Marine Le Pen sur le sujet en ces termes : "qu'est ce que ça veut dire, il y a un vote ethnique Jean-Luc Mélenchon ?"

 

La question permet à Marine Le Pen de s'emparer de l'expression "vote ethnique" et de servir tous ces éléments de langage en toute liberté. Elle peut le faire parce que David Pujadas, en utilisant lui même l'expression, la légitime, quand bien même on espère que son propos initial est de tenter de mettre en difficulté Marine Le Pen.

 

Le problème, avec cette expression terrible de "vote ethnique", c'est que l'on est amené à conclure que si l'observateur neutre du 20 heures use de ces termes pour poser sa question, c'est bien que celle-ci se pose en ces termes. C'est dévastateur.

 

"Lepénisation" des esprits

 

Disons les choses telles qu'elles sont. Quelle que soit la volonté de David Pujadas incarnant la rédaction de France 2, le choix de l'expression "vote ethnique" est un choix éditorial calamiteux. Il y avait, à n'en pas douter, mille autres façons de poser à Marine Le Pen la question sur ce sujet, à supposer que ce soit un sujet.

 

Par exemple : "faites-vous une distinction entre citoyens français selon leur origine ?" Ou bien encore : "si des citoyens français d'origine étrangère, proche ou lointaine ne votent pas pour vous, c'est que vous leur faites peur, non ?"

 

Il y avait mille autres manières, mille autres mots, mille autres expressions, mais pas celle de "vote ethnique".

 

Et pire encore, dans le cours de la réponse de Marine Le Pen, voici qu'apparait au surplus sur l'écran, à ce moment du dialogue, une incrustation sans équivoque : "le vote Mélenchon, un vote ethnique ?" qui renforce l'impression donnée par la tournure donnée par Pujadas à sa question.

 

Et cette apparition conforte encore le malaise du téléspectateur parce que jusque-là, aucune autre n'était venue illustrer l'interview de Marine Le Pen.

 

La question qui ne devait pas être posée en ces termes problématiques est couronnée, sacrée par la présence de cette incrustation. Il est donc possible qu'il existe un "vote ethnique en France" : voilà la conclusion suggérée au téléspectateur et citoyen. Terrible.

 

A ce moment là, encore, il est dit au téléspectateur que le journal de 20 heures de France 2, chaîne de service public, se demande sans ambiguïté, comme la présidente du FN, avec les mots de la présidente du FN, si le vote Mélenchon est un "vote ethnique".

 

A ce moment là, on se demande si le 20 heures de France 2 et David Pujadas pensent Le Pen, parlent Le Pen, même s'ils ne votent pas Le Pen.  Et l'on se dit que décidément, oui, même inconsciente, même involontaire, ce que l'on appelle la "lepénisation des esprits", ça existe.

 

 

 

VIVEMENT QUE NOS JOURNALISTES CESSENT DE NOUS FAIRE "BENEFICIER" DE LEURS ETATS D'ÂME POLITIQUES POUR MANIPULER L'OPINION PUBLIQUE !

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