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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 19:40

CETTE ANALYSE SOUS LA FORME D'UN DIALOGUE IMAGE ENTRE "ANTIGONE" ET SA PETITE-FILLE A ETE PUBLIEE SUR LIBERTYVOX ET COMPORTE 17 CHAPÎTRES QUI PARAÎTRONT ICI AU RYTHME DE UN PAR JOUR...

BONNE LECTURE

 

 

                          Première partie

I

Un jour tu es revenue du collège, l’air maussade et préoccupé. 

Je  t’ai demandé : - Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu t’es fait saquer par tes professeurs ?

Tu m’as répondu : - Ce n’est pas avec les professeurs que j’ai des

problèmes, mais avec les élèves.


- Ah bon ? Et lesquels ?

Tu m'as fait une réponse un peu biaisée : - Tu comprends, j’en ai

marre d’entendre certains dire que nous, les Français, on leur doit le respect.

J'ai réfléchi, réfléchi et t'ai demandé : - Mais qui dit ça ?


Tu me réponds sur le ton de l’évidence : - Qui ? Des Arabes.

- Ah, bon ? Et comment tu sais qu’ils sont « arabes » ?

Là tu m’as fixé, un court moment interloquée, comme si je me

moquais de toi.

- Parce que ... parce que je le sais ! Tout le monde le sait ! Et d’abord

c’est eux qui s’en vantent tout le temps.

- Bon. Admettons. Mais, suppose que tu n’aies jamais entendu

parler d’eux, est-ce que, de toi-même, toute seule, tu les aurais

reconnu comme un groupe différent des autres élèves, de Corinne,

de Boris, de José et de toi par exemple ?

Tu as pris ton temps avant de répondre : - Au début, je n’ai rien

remarqué, mais, petit à petit sans m’en rendre compte, avant même

que j’entende le mot «arabes», que j’y fasse attention, j’ai commencé

à les repérer comme différents de nous et des autres.

 

- Qui « nous » ?


- Je ne sais pas… Hélène, Boris, José, Michel, Alain, moi… et même

Tchang… et même Indira.

- Différents comment ?

- Euh… ben… D’abord, peu à peu, j’avais remarqué que d’une classe

à l’autre, d’une année à l’autre, d’une école à l’autre, on retrouvait

chez certains élèves les mêmes prénoms : Ali, Djamel, Moussa,

Kamel, Mourad, Selim, Mustapha, Aladin, Mohamed, Ahmed ou

Mehdi, ou d’autres qui sonnaient un peu comme ceux là, que leurs

noms de famille commençaient assez souvent par Ben ou Abdel,

que ceux qui les avaient étaient, en général, plus bronzés, plus

bruns de cheveux que ceux, comme nous, qui portaient d’autres

noms et prénoms bien plus variés que les leurs, et qu’ils se

regroupaient entre eux. Et puis j’ai découvert que ceux qui se

nommaient ainsi ne mangeaient pas de porc, alors que les autres et

moi nous en mangions, qu’ils faisaient le ramadan alors que les

autres et moi ne le faisions pas, qu'ils détestaient ouvertement les

juifs, etc. etc.

Tu as abrégé avec un geste vague.

- Et puis…

Tu t’es soudain arrêtée comme embarrassée : - Et puis quoi ?

Tu as hésité et fini par lâcher tout à trac : - Et puis, à partir d’un

certain âge, ce sont eux les plus frimeurs et ceux qui nous embêtent

ou, en tous cas, qui nous embêtent le plus méchamment et nous

débitent des insultes et des cochonneries.

Je remarquais que tu étais passée au présent et je sentais que, pour

parler familièrement, tu en avais gros sur la patate. Je t’ai

encouragée : - Allez, vas-y ! vide ton sac, c’est le moment. C’est bien

tout ?

- Oui… enfin, non : j’ai aussi remarqué que dès qu'un autre qu’eux

leur déplaît, ils se vengent en se mettant à le frapper à dix contre

un et qu’en général ils prennent plaisir à persécuter les plus faibles.

Ah, et puis quand il y en un pris la main dans le sac, même jusqu’à

l’épaule, il se rebiffe toujours en disant : c’est pas moi m’sieur !

 

- Ils font tous pareil ?


Tu as hésité : - Non, pas tous. J’en connais qui sont sympas.

- Ah, tu vois bien. Tu ne peux pas ne pas en tenir compte.

- J’essaie d'en tenir compte, figure-toi.

- Et les José, les Paul, les Alain, les Boris, ils n’en font pas autant ?

Ils ne les embêtent pas, les Arabes ?

Tu protestes avec véhémence : - Non, jamais ! On n’est pas des

skinheads. Et puis même, on n’est pas assez nombreux.

- Bon, bon, ça va ! Je te crois. Ta mère et moi qui avons été

professeurs dans des établissements différents à une époque où les

«Arabes» comme tu dis, étaient encore minoritaires dans les classes,

nous n’avons jamais vu des non arabes, nombreux ou pas, les

embêter. Les professeurs de notre entourage non plus. Et pourtant

nous étions tous très vigilants. D’ailleurs, déjà, de mon temps,

presque tous les délégués de classe étaient des « Arabes ». Je suis

sûre que si tu pouvais vérifier dans les archives de ton école, tu

pourrais faire la même constatation. Preuve que, à l’époque,

contrairement à ce que l’on voudrait faire croire, les petits français

comme toi, loin d’être racistes, les avaient à la bonne.

Ne parlons pas des professeurs qui se sont toujours défoncés pour

eux bien plus que pour n’importe quels autres élèves, ainsi que tous

les acteurs sociaux, histoire de bien montrer à quel point ils

exécraient les préjugés raciaux. Difficile, dans ces conditions, de

soutenir que les "Arabes" baignaient dans le racisme. D’ailleurs ils y

baignaient si peu, il y en avait si peu à se mettre sous la dent, que

les antiracistes de profession ont longtemps été obligés pour

justifier leur croisade, et leur salaire, de diaboliser une banale

mesure de prévention policière : "le contrôle d’identité" en le

rebaptisant, quand elle concernait les jeunes arabes : «contrôle au

faciès» et en le montant démesurément en épingle.

- Tu oublies, quand même les skinheads!

- Parlons en des skinheads ! A entendre les journalistes, on avait

l’impression qu’ils étaient des dizaines de milliers à terroriser les

Arabes à travers toute la France. En réalité ils n’étaient pas deux

milles et leurs méfaits, plutôt rares, ont été grossis à plaisir.

 

 

- De toutes façons, maintenant même si on avait envie de les embêter, on n’oserait pas : ils nous font trop peur.


- Peur ? Mais pourquoi tu ne nous as jamais parlé de tout ça ?

- Parce qu’il aurait fallu parler d’eux et que personne n’en parle

jamais -vous pas plus que les autres– comme s’il s’agissait d’un

sujet défendu.

C’était vrai, nous nous étions fixés la règle de ne jamais parler de

qui que ce fût devant toi en faisant référence à sa race.

Tu as poursuivi : - On dirait, d’ailleurs, qu’ils font peur à tout le

monde, y compris aux professeurs, y compris à eux-mêmes. J’en ai

vu se cacher pour manger pendant le ramadan, de frousse d’être

maltraités par les autres. En tous cas, question de savoir qui ils

sont, le problème ne se pose pas ou plus puisque, comme je t’ai dit,

je les entends se vanter d’être arabes ou musulmans (c’est pareil)

et dire que nous, les Français, nous leur devons le respect.

J’ai choisi de ne pas relever sur le moment cette dernière

proposition. - Non, ce n’est pas pareil : il y a des Arabes qui ne sont

pas musulmans, mais chrétiens.

- Ah, bon. Je croyais que c’était pareil.

- Non. Musulman veut dire que tu adhères à la religion qui est

l’islam. Arabe, veut dire que tu appartiens à la race du même nom.

En fait c’est un peu pareil quand même parce que quatre vingt

quinze pour cent des Arabes sont, effectivement, musulmans. Alors

on peut confondre.


Tu as levé les yeux au ciel : - Là, je ne comprends plus. Tu dis que
« Arabe » c’est une race, mais le professeur d’histoire-géo et celui de

biologie nous ont dit que les races n’existent pas.

A ce moment, j’ai senti que je ne pouvais plus te répondre du tac au

tac.

La discussion prenait une tournure trop sérieuse et trop

délicate. Je t’ai dit que je m’en tiendrais là pour aujourd’hui, qu’il

me fallait un peu de temps pour réfléchir et que nous reprendrions

tout ça demain.



A DEMAIN...

VOUS N'ËTES PAS AU BOUT DE VOS TRISTES CONSTATS...

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Published by LE MOUSQUETAIRE - dans immigration
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