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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 11:46



Article paru dans les colonnes du quotidien belge Le Soir


Mercredi 14 janvier 2009, 10:40



Sous prétexte que toute initiative s’opposant à la politique de destruction massive du gouvernement israélien contre le territoire palestinien de Gaza est bonne à prendre, faut-il passer pour autant sous silence les multiples dérapages constatés lors des récentes manifestations propalestiniennes ? Nous ne le pensons pas. D’ailleurs, est-il exact de parler de simples « dérapages » ? C’est, hélas, beaucoup plus grave. Présents lors de la manifestation de ce 11 janvier, à Bruxelles, nous ne pouvons masquer notre grande inquiétude. Un certain « politiquement correct » incite une partie des démocrates à taire son malaise. Ces démocrates-là ont tort. Ceux qui pratiquent l’indignation sélective ont toujours tort.

Qu’avons-nous vu, ce 11 janvier, dans les rues de Bruxelles ? Une manifestation propalestinienne d’un type nouveau, dont le rassemblement du 31 décembre avait donné un avant-goût. Qui donnait le ton, ce dimanche, dans l’impressionnant défilé, de la gare du Midi à la gare du Nord ? Essentiellement des organisations politico-religieuses musulmanes, des représentants de mosquées, des religieux en général. D’emblée, nous avons été surpris par la touche très communautariste de la manifestation, souvent rythmée par des slogans très peu fédérateurs – « Allahou Akhbar ! » (Dieu est grand) – et parfois carrément choquants – les appels au Djiad (guerre sainte) ou à la mise de côté de la démocratie. Les manifestants appartenant à la mouvance de la gauche laïque que nous avons rencontrés étaient pour la plupart désorientés. Difficile, en effet, de trouver sa place dans cette manifestation, entre groupes brandissant le drapeau du Hamas, d’autres celui du Hezbollah, d’autres encore des portraits de son leader, Hassan Nasrallah, d’autres des pancartes assimilant étoile de David et croix gammée. De telles pancartes, nazifiant les Juifs dans leur ensemble, nous en avons vu des dizaines. Comment s’insérer dans ces groupes, apparemment bien pris en mains par les mosquées, femmes enfoulardées d’un côté, hommes barbus hurlant « Allahou Akhbar ! » de l’autre ?

La manifestation de ce 11 janvier marque un tournant dans l’histoire du combat démocratique pour la Palestine. Elle officialise la prise de pouvoir majoritaire des milieux religieux musulmans – hélas, pas les plus progressistes – dans ce combat qui fut longtemps, dans notre pays comme ailleurs en Europe, porté par la gauche laïque. Nous ne pouvons laisser sans réagir l’instrumentalisation de la cause palestinienne par les islamistes réactionnaires. Nous ne pouvons laisser sans réagir leurs banderoles et leurs slogans haineux, les drapeaux à l’étoile de David brûlés par des jeunes jouant aux Palestiniens dans les rues bruxelloises et… ovationnés par une grande partie de la foule. Les mêmes jeunes ou d’autres s’attaquèrent à la fin de la manifestation à des bâtiments officiels et à des voitures d’innocents citoyens. Nous ne pouvons laisser sans réagir la montée en puissance, également constatée lors des manifestations à Paris, de ce que l’hebdomadaire Marianne nomme « un lobby politico-religieux » damant le pion aux associations laïques de défense du peuple palestinien. Ce lobby réactionnaire impose désormais son empreinte aux rassemblements pour la Palestine. C’est lui qui, le 31 décembre, a chahuté Leïla Shahid, la déléguée de la Palestine à Bruxelles, injuriée et traitée d’« occidentalisée » par des fanatiques. Ce 11 janvier, Leïla Shahid ne s’est même plus risquée à rendre la parole, confisquée, le long des boulevards bruxellois, par les radicaux religieux.

Nous avons décidé de rompre le « politiquement correct ». Parce que nous sommes choqués. Choqués et inquiets par des compagnonnages douteux. Comme cette scène surréaliste, dans la manif du 11 janvier : une quarantaine de courageux militants de l’Union des Juifs progressistes de Belgique (UPJB), défilant… devant un groupe de plusieurs centaines de partisans fanatisés du Hezbollah, appelant à la guerre sainte contre les Juifs ! Ou ces groupes d’islamistes récitant de longues prières sur la voie publique, lors de la manifestation du 31 décembre. « Si on ne retient qu’une image de la manifestation organisée samedi 3 janvier 2009 (à Paris) contre l’offensive israélienne à Gaza, ce sera celle-là », peut-on lire dans Marianne. « Des “barbus ”occupant le pavé fétiche de la gauche française, tandis que les femmes voilées attendent sagement à une rue de là, alignées comme à la parade. Quel symbole ! ». Ce symbole-là, nous n’en voulons pas. La gauche, les partis démocratiques dans leur ensemble, ne peuvent plus se laisser piéger dans ces manifestations noyautées par des religieux réactionnaires et rejetant les principes élémentaires de la démocratie, du vivre ensemble. Demain, accepterons-nous sans broncher de participer à des défilés au look de plus en plus « iranien », femmes en noir derrière des islamistes décomplexés, confisquant la cause palestinienne pour leur intérêt et déversant dans une indifférence polie leur propagande haineuse ?

Nous nous adressons à tous les démocrates soutenant la juste cause du peuple palestinien. Avec un message simple : ne pratiquez pas l’indignation sélective. Nous nous adressons à la gauche, notre famille politique : camarades, cessez de fermer les yeux face à la montée en puissance d’un cléricalisme musulman intolérant, impérialiste et antiprogressiste ! Nous nous adressons aux nombreux élus, notamment bruxellois, d’origine maghrébine : chers amis, il ne faudrait pas que votre silence face à ces dérives, devienne assourdissant.

En cette année électorale, faites preuve de courage politique. Il y va de votre dignité. Mais aussi, de votre intérêt. Nul, parmi vous, ne l’ignore : les radicaux qui ont tenu le haut du pavé, dans les rues de Bruxelles, vous détestent. Comme ils détestent la démocratie, la tolérance, les droits de l’homme. Si nous n’y prenons garde, demain, nous paierons au prix fort nos lâchetés et notre obsession du « politiquement correct ».
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